Digital au Sénégal: Ecommerce, AfricaShop ferme boutique au Sénégal 1


La nouvelle est tombée ce Mercredi matin sur Twitter, Africashop ferme ses portes au Sénégal mais aussi en Côte d’Ivoire. Après 3 ans d’existence, le site de e-commerce décide d’arrêter ses activités sur le sol africain. Avec la fermeture de Cdiscount en Juillet 2016, ce nouveau couac pour le e-commerce africain soulève la même question de base: L’Afrique est elle prête pour le e-commerce?

Le ecommerce au Sénégal et en Afrique francophone.

En 2010, on assiste à une petite vague d’arrivées de sites de e-commerce sur les navigateurs des internautes sénégalais (Expat Dakar, Diayma) et Africains. Cependant, c’est en 2012 avec l’arrivée de Jumia que le e-commerce a connu un véritable boom sur le continent. Porté par Rocket Internet (Incubateur Allemand) et des fonds levés auprès d’entreprises comme Goldman Sachs, Orange ou Axa, Jumia Group a pour objectif d’essayer de  vulgariser le e-commerce en Afrique. Considéré comme étant une licorne (Entreprise qui vaut 1 milliard de Dollars), le groupe Jumia est parti à la conquête du marché africain.

D’autres groupes sont également venus se positionner sur ce marché que l’on considère comme vaste et porteur. Ainsi, on voit  le groupe Ringier acheter Expat Dakar, on peut aussi citer les arrivées de Cdiscount(Groupe Français), Afrimalin (Alliance Minière Responsable), Afrimarket (Jérémy Stoss et Rania Belkahia), Africashop (CFAO) et Coin Afrique (Matthias Papet) qui s’installent aussi. Nous avons parlé des Fondateurs et des groupes qui sont derrières pour que vous notiez que la majeure partie des sites de ecommerce présents en Afrique appartiennent ou étaient dirigés par des occidentaux. Tous veulent répliquer en Afrique des modèles qui ont fait leur preuve dans le monde occidental. Amazon, Booking, Craiglist, leboncoin sont les références des sites africains de e-commerce.

Attention: Evitons toute connotation populiste ou nationaliste !!!!

digital ecommerce

Nous n’allons pas revenir en détails sur les business models des sites de ecommerce au sénégal mais on va juste rappeler l’essentiel.

Afrimarket, Jumia, AfricaShop: Une marketplace qui met en relation un vendeur et un client à travers le site de e-commerce. Le site de e-commerce prend une commission à chaque fois qu’il y a une transaction faite depuis la plateforme. Voilà comment les marketplaces gagnent de l’argent. Pour être rentable, le coût de la commission doit être supérieur à la somme dépensée en marketing pour acquérir un client. Par exemple si tu dépenses 100 FCFA en marketing pour avoir un nouveau client, il faut vendre un produit sur le site et avoir une commission à hauteur de 120 FCFA. Bien évidemment, le mode de paiement est en post paiement c’est à dire, paiement à la livraison.

CoinAfrique, Afrimalin et Expat: Ceux sont des classifieds, des sites de listings. Ces sites répertorient toutes sortes d’annonces et mettent aussi en relation un vendeur et un acheteur, mais contrairement aux marketplaces, ils n’interviennent pas dans la transaction. Ils gagnent de l’argent en vendant de l’espace publicitaire sur leur site web et en proposant des packs Gold/Silver/Bronze pour que les annonces soient épinglées en première position sur leur plateforme web.

Cdiscount en 2016, AfricaShop en 2018, Pourquoi le e-commerce ne décolle pas au Sénégal et en Afrique?

Au mois de juillet 2016, nous avions écrit un article collaboratif pour comprendre les raisons de la fermeture de Cdiscount en Afrique.

A l’époque, nous avions parlé d’une stratégie pas assez adaptée à la réalité locale, une étude de marché négligée et le fait que Cdiscount s’était trop appuyé sur la notoriété occidentale de la marque. Aujourd’hui, on peut dire que les même problèmes ont causé la fermeture de AfricaShop.

Etudions le marché du e-commerce Sénégalais ensemble

Le Taux de pénétration internet au Sénégal est de 62%, il y a plus de 9 Millions d’utilisateurs d’internet au Sénégal (Source: ARTP – Juillet-septembre 2017). Potentiellement, nous avons 9 millions de prospects pour des transactions e-commerce. Le taux de bancarisation est de 21% (Ministère du Budget – 2017). Un sénégalais sur 5 a un compte en banque.

Ecommerce afrique senegal

Ces chiffres nous montrent qu’il y a un potentiel pour le secteur. Mais, ces chiffres flatteurs ne reflètent pas l’utilisation d’internet que font les sénégalais. Quand on nous dit qu’il y a 9 millions d’utilisateurs, combien sont des utilisateurs actifs? quelle est la durée moyenne de connexion d’un internaute sénégalais? Quels sont les sites web les plus visités par les sénégalais…

Malheureusement, ces données sont très rarement partagés et faussent l’analyse de départ sur l’utilisation d’internet au Sénégal.

Aujourd’hui, avant de faire du e-commerce au Sénégal, il faut savoir si le produit est adapté à la masse, connaître ses prospects et faire les différents pivots nécessaires afin d’acquérir du trafic sur le site et convertir les prospects en clients. Malheureusement, la plupart des sites de e-commerce de la place n’adaptent pas le produit par rapport à la réalité locale. Plus haut, nous avons mentionné les directeurs et les fondateurs qui ne sont pas des locaux. Ils tentent de répliquer des process et des techniques adaptés à un marché mûr. Rien que le fait de dire “Amazon Africain” ou “Leboncoin Africain” montre que les gens n’ont pas encore compris l’abysse qu’il y a entre l’écosystème occidental et celui de l’Afrique.

Cela est dû à une mauvaise communication ou une absence de challenge de la part des médias qui ne reprennent généralement que les communiqués qu’on leur envoie sans faire d’investigations. Est ce qu’il y a au Sénégal, un site de e-commerce qui fait 20.000 commandes par mois sur une cible de 9 millions de prospects? Nous en doutons…

L’anecdote pour vous montrer que le produit et le marché ne sont pas encore adaptés. Malgré une forte campagne marketing online et offline, les gens continuent à venir jusque dans les locaux des sites de ecommerce pour acheter le produit en physique, ceux qui est complètement contraire au principe de vente en ligne. En tant consommateur, ils ont l’habitude de toucher le produit, de voir le produit et essayer de marchander. Ce n’est pas facile de changer leur habitude de consommation. Cet exemple, c’est pour vous montrer où en est le Sénégal en terme de e-commerce et le chemin qu’il reste à parcourir. Des anecdotes comme ça nous en avons pleins mais ce n’est pas l’ordre du jour.

paiement à la livraison ecommerce senegal

Taux de bancarisation faible, paiement à la livraison, inclusion financière…

Certains pensent que le faible taux de bancarisation est un frein, ce qui n’est pas du tout le cas. Le post paiement a été instauré et ce mode de paiement est spécifique à l’Afrique. Le post paiement est ce que l’on appelle paiement à la livraison, pour combler le déficit de carte bancaire des sénégalais. Les clients peuvent même payer par Orange Money, Wari, Paydunia. Les solutions de paiement mobile sont en forte croissance et les sites web les intègrent dans leur mode de paiement.

Pour revenir et conclure par rapport aux raisons de fermeture d’AfricaShop, nous croyons qu’ils n’ont pas bien étudié le marché, ils n’avaient pas de stratégie et ils ont voulu être rentables très tôt. S’ils avaient bien étudié le marché, ils allaient pas dépensé autant d’argent en marketing tout en sachant que leur produit sur le site web était trop cher et que leur potentiel cible avait les moyens d’acheter les même produits sur Amazon ou la Fnac directement.
 

Quand on segmente sa cible, et qu’on vise les prospects qui ont l’habitude de commander en ligne, il faut forcément qu’ils aient une valeur ajoutée, soit la livraison gratuite, soit des vouchers de réduction etc… mais cela implique aussi qu’il faut vendre à perte pendant des années. Pour ce qui veulent investir dans le e-commerce à l’échelle macro, il faut se préparer sur le long terme et savoir que pendant des années vous ne serez pas rentables.

Pédagogie, Patience et Business Model

Nous arrivons à la fin de notre article et ce qu’il faut retenir c’est que pour réussir dans le e-commerce, il faut être patient, faire preuve de beaucoup de pédagogie. La pédagogie consiste à éduquer les consommateurs mais aussi les fournisseurs, les livreurs et les ressources humaines des sites de e-commerce. Il faut être patient, car la rentabilité ne se fera pas du jour au lendemain: personne ne sait quand est ce que ca va marcher, ce n’est que de la spéculation. Le business model: il faut bien étudier son modèle économique, les gens parlent et insistent sur la rentabilité des sites de e-commerce.

La question que vous devez vous poser sur le e-commerce en Afrique n’est pas de savoir si les grands groupes qui investissent, veulent être rentables mais plutôt s’interroger sur le fait que ces derniers ne cherchent-ils pas à avoir des process huilés, une base de données clients immenses, un inventaire de produits énormes et une pédagogie afin de revendre la boîte aux gros groupes de e-commerce que sont Amazon, Alibaba, booking etc… lorsque ces derniers décideront d’envahir le marché africain? la suite nous le dira!!!

Nous vous remercions de votre attention…

 

@NattySeydi – Un utilisateur d’internet


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